Une idée née d’une scène flottante
Tout part d’un lieu. Le Château de Berne, dans le Var, est installé sur l’ancienne Via Aurelia qui reliait l’Espagne à l’Italie. Au cœur de ses jardins, un amphithéâtre fait face à un miroir d’eau couvert de nénuphars, avec une scène flottante récemment restaurée. Un cadre que le journaliste Philippe Legrand juge trop insolite pour rester confidentiel.
Il en parle au directeur général du domaine, Giuseppe Cosmai. Les deux hommes se connaissent depuis une vingtaine d’années et partagent le goût des projets festifs, l’un et l’autre ayant travaillé sur de nombreux événements, dont le Festival de Cannes. De leurs échanges naît le Festival des Arts en Provence, dont la première édition se tient cette année d’avril à septembre.
Le pari est assumé. Giuseppe Cosmai rappelle que le domaine avait déjà accueilli des spectacles, mais qu’un Relais & Châteaux cinq étoiles n’avait jamais ouvert ses portes plusieurs mois durant.
Une programmation volontairement éclectique
Le fil conducteur tient en un mot : les arts, tous les arts. La photographie ouvre la saison fin avril, avec les clichés géants de Marie Cortial exposés une semaine entière au milieu de la végétation. L’exposition, intitulée « Entre terre et mer, dans le sillage des grands marins », a été parrainée par Marie Tabarly, fille du navigateur. Philippe Legrand y voit une évidence pour un festival qui se déploie à ciel ouvert.
Vient ensuite le théâtre. Nelson Monfort et Philippe Candeloro portent « Ça patine à Tokyo », comédie sur les Jeux olympiques qui a rencontré un vif succès. Le cofondateur du festival souligne le duo inattendu, aussi à l’aise sur scène qu’à la télévision.
Des concerts qui traversent les répertoires

Nicolas Reyes, la voix des Gipsy Kings, s’est produit les 24 et 25 juillet pour ses deux seules dates en France, mêlant rumba, flamenco et rythmes latins avant de repartir pour les États-Unis.
Quelques jours plus tard, changement complet de registre avec Camille Berthollet, violoniste et violoncelliste, accompagnée de son orchestre symphonique. Le DJ Yann Muller lui a succédé, connu pour ses remix des grands classiques français et internationaux, et pour une version des Oies sauvages devenue sa signature.
Jonathan Dassin referme la saison en septembre avec un hommage au répertoire de son père, alors que L’Été indien atteint le demi-siècle.
Un festival pensé pour tous les publics

C’est peut-être le détail le plus révélateur du projet. Les soirées se veulent accessibles aux familles, de sept à soixante-dix-sept ans selon la formule de Giuseppe Cosmai. Les visiteurs peuvent arpenter les jardins dès la matinée, et les scènes attirent autant les habitants du secteur que les touristes étrangers.
La restauration suit la même logique, avec des tables gastronomiques pour les palais avertis et des options plus abordables pour les autres. Côté billetterie, la fourchette est large, de cinquante à deux cent cinquante euros pour les places les plus premium assorties d’options particulières.
Pour les fondateurs, l’essentiel est ailleurs. Il s’agit d’être ensemble, de stimuler l’imaginaire et de faire du bien dans un monde qu’ils décrivent comme chahuté. Une manière, aussi, de prolonger le slogan d’origine des Relais & Châteaux né dans les années 1960, la route du bonheur.
Source
Le JDNews, Armelle Favre

