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Fabienne Lefebvre : de la gastronomie de marque à la direction hôtelière

Fabienne LEFEBVRE a construit son parcours autour d’une ligne directrice : faire avancer des lieux au moment où ils ont besoin de se structurer, de se relancer ou de gagner en visibilité. Son expérience traverse plusieurs univers de l’hospitalité : l’événementiel haut de gamme, la gastronomie, la formation, le développement international, puis la direction d’hôtels…
Fabienne Lefebvre

Fabienne LEFEBVRE a construit son parcours autour d’une ligne directrice : faire avancer des lieux au moment où ils ont besoin de se structurer, de se relancer ou de gagner en visibilité.

Son expérience traverse plusieurs univers de l’hospitalité : l’événementiel haut de gamme, la gastronomie, la formation, le développement international, puis la direction d’hôtels 4 et 5 étoiles. À chaque étape, elle a développé une même capacité : comprendre rapidement l’identité d’une maison, poser un cadre opérationnel clair, fédérer les équipes et transformer une ambition en réalité concrète.

Son parcours ne raconte pas seulement une montée en responsabilité. Il met en lumière une façon de travailler : commerciale dans l’approche, opérationnelle dans l’exécution, humaine dans la relation.

Ce qui l’anime tient en une phrase :

« Mon ambition est d’offrir aux clients un accueil attentif, de leur faire vivre un moment agréable et, lorsque les conditions s’y prêtent, de créer une véritable émotion. »

C’est cette vision simple, exigeante et sincère de l’hospitalité qui donne sa cohérence à son parcours.

Le terrain comme première école

Fabienne ne vient pas à l’hôtellerie par une vocation évidente. Issue d’une école de commerce avec une spécialisation en affaires internationales, elle découvre le secteur presque par hasard, lors d’un stage dans une petite chaîne hôtelière.

« L’hôtellerie, je n’y pensais pas du tout. Et puis ça m’a accrochée. Je me suis dit : pourquoi pas poursuivre dans cette voie ? »

Ce “pourquoi pas” va devenir le point de départ d’un parcours riche, construit d’abord par le commercial et l’événementiel. Novotel Hotels , puis l’ Hotel Martinez à Cannes, le Pavillon Ledoyen, l’École de Cuisine Alain Ducasse : autant de maisons où elle apprend à comprendre ce qui fait vivre un lieu, non pas seulement depuis un bureau, mais dans la réalité concrète du terrain, de la relation client et de la coordination entre les services.

Au Martinez, elle organise des événements jusqu’à 4 000 personnes. Elle découvre les grands comptes, les congrès cannois, les soirées de Festival, les transformations spectaculaires d’espaces, les imprévus de dernière minute, les exigences d’une clientèle internationale.

Mais ce qui la marque le plus, ce n’est pas seulement le prestige des événements. C’est la mécanique humaine qui permet à ces moments d’exister.

« Quand vous travaillez dans l’événementiel, vous êtes en interaction avec l’ensemble des services d’un hôtel. Vous travaillez avec la cuisine, la salle, la technique, la sécurité, la réception, les concierges. On est vraiment dans un rôle de transmetteur d’informations, dans le détail, dans la précision. »

Cette première partie de carrière lui donne une compréhension très concrète de l’hôtellerie. Elle apprend que la réussite d’une expérience client tient à une somme de détails, mais aussi à la fluidité des liens entre les équipes. Un événement réussi n’est jamais le résultat d’un seul service : c’est une partition collective, où chacun doit comprendre son rôle, le moment où il intervient, et la promesse que l’on souhaite faire vivre au client.

C’est aussi à cette période que se confirme son goût pour l’art de vivre à la française, la gastronomie, la table, les maisons qui portent une forme d’exigence et de beauté.

« J’ai des yeux toujours admiratifs, même après toutes ces années, vis-à-vis de ce que peuvent proposer les grands chefs. »

La gastronomie : rigueur et transmission

Après l’événementiel, Fabienne prend un virage plus marqué vers la gastronomie. Chez Alain Ducasse, elle découvre un univers où l’excellence n’est pas un mot abstrait, mais une discipline quotidienne. L’école accueille des amateurs passionnés, des entreprises, des équipes, des clients venus chercher bien plus qu’un simple cours de cuisine : une rencontre avec un savoir-faire.

« Les personnes qui s’inscrivent à des cours de cuisine ou de pâtisserie viennent chercher bien plus qu’un apprentissage technique : elles partagent une véritable passion. Ces moments reposaient sur l’échange, la transmission d’un savoir-faire et une approche à la fois exigeante, accessible et conviviale. »

Cette étape est aussi décisive sur le plan managérial. Fabienne y vit sa première véritable expérience de direction d’un centre de profit, avec une quinzaine de personnes à manager. Le défi est subtil : elle prend la direction d’une structure où elle était déjà connue comme responsable commerciale et marketing. Il ne s’agit donc pas seulement d’occuper une fonction, mais de construire une légitimité nouvelle.

« Il a fallu que je me rende légitime aux yeux d’une équipe qui me connaissait sous un autre visage. L’exemplarité, c’est un mot important pour moi. Être à l’écoute aussi. »

Cette phrase dit beaucoup de sa manière de diriger. Pour Fabienne, l’autorité ne semble jamais se réduire au titre. Elle se construit dans la cohérence, dans la capacité à poser un cadre, mais aussi dans l’attention portée aux personnes. Avec des chefs formateurs issus de grandes brigades, habitués à une rigueur forte et à une certaine directivité, elle apprend à fédérer sans brusquer, à faire respecter un niveau d’exigence tout en maintenant le dialogue.

L’école Ducasse devient alors une étape fondatrice : celle où se rencontrent le commercial, l’opérationnel, la transmission et le management.

Faire renaître une maison mythique

Puis vient ce qu’elle considère elle-même comme « l’expérience la plus fondatrice » de sa carrière : la réouverture de l’ Ecole Ritz Escoffier, au cœur du Ritz Paris.

L’enjeu est immense. L’hôtel a été fermé pendant plusieurs années. L’école, nichée près des cuisines principales, doit renaître dans un établissement mythique. Pendant plus d’un an, Fabienne travaille sur une feuille blanche : business plan, offre client, recrutement, standards, outils de réservation, procédures, stratégie commerciale, exploitation future.

Ce type de mission révèle une facette essentielle de son profil : Fabienne ne se contente pas de gérer un lieu existant. Elle sait aussi préparer les conditions de son existence.

« Ce qui est absolument formidable dans une ouverture, c’est d’avoir travaillé plus d’un an sur des feuilles blanches, puis d’ouvrir les portes au premier client et de voir tout ce travail prendre forme. Ce sont des sensations vraiment exceptionelles. »

Il y a dans cette phrase toute l’énergie des projets d’ouverture : l’abstraction qui devient réalité, les mois de préparation qui se matérialisent soudain dans un accueil, un sourire, un premier cours, un premier client. L’école s’adresse à une clientèle loisirs et événementielle, mais aussi à des professionnels venus du monde entier se former à la gastronomie française.

« Ils venaient d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Amérique du Nord, d’Europe. Un vrai multiculturalisme de passionnés de gastronomie française. Les échanges avec ces étudiants étaient tellement enrichissants. »

Au Ritz Paris, Fabienne apprend à bâtir avant d’exploiter. Elle affine sa capacité à structurer un projet, à tenir un calendrier, à recruter une équipe, à poser des standards et à incarner une promesse de luxe sans perdre le lien humain qui donne du sens à tout le reste.

Déployer une marque, préserver son ADN

Chez Pierre Hermé Paris, elle ajoute une nouvelle dimension à son parcours : celle de la marque, du retail, des licences et du développement international.

Elle accompagne des projets d’ouverture à Londres, New York, Marrakech, au Moyen-Orient ou en Thaïlande. Elle coordonne des sujets de construction, d’équipement, d’achats, de recrutement, de formation, d’animation de partenaires. Elle apprend à faire respecter une promesse de marque à distance, dans des cultures différentes, avec des interlocuteurs aux attentes parfois très éloignées.

« C’était enrichissant culturellement, avec des interlocuteurs en Thaïlande, au Moyen-Orient… Il faut ajuster son mode de communication et de fonctionnement selon les cultures. »

Cette expérience lui apporte une corde supplémentaire : comprendre comment une maison conserve son exigence lorsqu’elle se déploie loin de son berceau. Comment protéger des standards sans figer les échanges. Comment accompagner des partenaires tout en préservant l’ADN d’une marque.

La période est également marquée par le Covid, qui impose une autre forme de management. À distance, notamment avec l’équipe de Londres, Fabienne mesure l’importance du lien dans un moment d’incertitude.

« J’ai essayé, même à distance, de les rassurer, d’être vraiment empathique. Tout le monde était dans une phase inquiète. Il fallait maintenir un lien bienveillant et empathique. »

Chez Pierre Hermé Paris, elle retrouve l’excellence, la rigueur, la fierté de représenter un savoir-faire français. Mais progressivement, quelque chose lui manque. Les projets sont beaux, stratégiques, internationaux. Pourtant, la relation se fait beaucoup à distance. Et Fabienne sent qu’elle a besoin de revenir vers le terrain.

« Nous étions vraiment sur du B2B, sur une relation à distance. Et il me manquait le terrain, ce contact que j’avais avec les clients et les équipes. »

Redevenir aubergiste

Après le Covid, elle prend une décision assumée : revenir vers des maisons à taille humaine. Elle aurait pu poursuivre dans de grandes marques, continuer sur des projets internationaux, rester dans un environnement prestigieux et structuré. Elle choisit autre chose : l’hôtellerie incarnée, quotidienne, proche des clients et des équipes.

« J’avais envie de retrouver un projet à taille humaine où je puisse exprimer l’ensemble de mes compétences : le commercial, la gestion de centre de profit, le suivi d’équipe, les finances, le recrutement, le management. »

Pour parler de ce virage, elle emploie un mot qu’elle affectionne particulièrement : aubergiste.

« Mon ancien directeur général au Martinez disait qu’il était avant tout aubergiste, dans le sens noble du terme. C’est bien accueillir les clients, s’occuper d’eux, leur faire passer de bons moments. »

Ce mot pourrait sembler simple. Chez elle, il devient presque une définition du métier. Être aubergiste, ce n’est pas renoncer à l’exigence, à la performance ou à la stratégie. C’est les remettre au service d’une finalité très concrète : accueillir sincèrement, créer un souvenir, faire en sorte qu’un client se sente attendu, reconnu, accompagné.

À l’Auberge d’Aillon et d’Ailleurs, en Savoie, elle accompagne une ouverture complète dans un environnement préservé, autour d’un projet de slow tourisme, de gastronomie et de territoire. À l’Hostellerie La briqueterie, en Champagne, elle dirige une maison Relais & Châteaux, avec une structure plus importante et une cinquantaine de collaborateurs. À l’ Hôtel du Parc, à Cavalaire, elle travaille sur la visibilité, la fréquentation et la performance d’un établissement récemment rénové, dans un contexte très saisonnier.

Ces expériences lui donnent ses galons de directrice d’hôtel. Elles l’obligent aussi à approfondir des sujets plus spécifiques à l’hébergement : politique tarifaire, yield management, recrutement saisonnier, suivi maintenance, gestion des équipes opérationnelles, adaptation permanente aux réalités du terrain.

Et le terrain, parfois, rappelle brutalement qu’une directrice d’hôtel doit être aussi stratège que disponible.

« À Cavalaire, on a eu deux gros sinistres : inondation et problèmes de parking. Quand l’hôtel est complet dans deux jours et que quatre chambres sont inondées, il faut rassurer, mener un plan d’attaque. On s’est tous retroussé les manches. »

Cette image résume une grande partie de son management : être présente, ne pas laisser les équipes seules face à la difficulté, poser un cadre clair, partager les informations, garder le cap quand l’imprévu menace l’équilibre de la maison.

Manager avec clarté, recruter avec lucidité

Dans les établissements qu’elle dirige, Fabienne retrouve aussi l’un des grands enjeux actuels de l’hôtellerie-restauration : le recrutement.

Elle parle sans détour de la pénurie de profils, en particulier en salle, en cuisine et sur les postes saisonniers. Mais son analyse dépasse le constat. Pour elle, les établissements doivent désormais apprendre à se rendre attractifs avec sincérité, sans promettre ce qu’ils ne peuvent pas tenir.

« Il faut faire le travail de réflexion sur la marque employeur, les valeurs, les atouts qu’on peut mettre en avant. Et surtout ne pas faire de fausses promesses, être très transparent sur les conditions, notamment les horaires. C’est capital. »

Cette lucidité est importante. Dans des maisons à taille humaine, parfois éloignées des grands bassins d’emploi ou en concurrence avec des établissements plus visibles, il ne suffit plus d’attendre les candidatures. Il faut expliquer ce que l’on propose réellement : un cadre, une équipe, un apprentissage, une qualité de vie, une saison bien organisée, des conditions honnêtes.

Fabienne sait aussi que les bons profils ne viennent pas toujours des parcours les plus attendus. Elle évoque ces collaborateurs qui ne sont pas issus du métier, mais qui possèdent l’essentiel : l’envie, la qualité relationnelle, la fibre de l’accueil.

« Dans nos métiers, les compétences techniques peuvent s’acquérir. Ce qui fait la différence, c’est la qualité relationnelle, le sens du service et la capacité à s’intégrer dans une équipe. Lorsqu’une personne possède ces dispositions, elle peut devenir un collaborateur précieux dans l’hospitalité. »

Là encore, son regard se situe à la croisée de la méthode et de l’humain. Recruter, ce n’est pas seulement cocher des compétences. C’est percevoir un potentiel, prendre parfois un risque raisonnable, accompagner, faire grandir.

Créer l’émotion dans les détails

Ce qui distingue Fabienne LEFEBVRE, c’est peut-être cette manière d’associer la rigueur du pilotage à un supplément d’âme très personnel.

En Savoie comme à Cavalaire, elle demande à sa direction d’acheter une petite lunette astronomique. Ce n’était pas une obligation. Ce n’était pas dans sa fiche de poste. Ce n’était pas un concept marketing pensé pour une brochure. C’était simplement une façon de créer un moment.

« Quand la lune était belle, je sortais la lunette. Je passais quinze ou vingt minutes avec les clients. C’était convivial, imprévu. C’est comme ça que je conçois l’hospitalité. »

Dans cette scène, il y a peut-être toute sa définition du métier. L’hospitalité ne se joue pas seulement dans les standards, les procédures, le taux d’occupation ou le chiffre d’affaires. Elle se joue aussi dans ces instants gratuits, imprévus, sincères, qui transforment un séjour en souvenir.

C’est là que le parcours de Fabienne prend tout son sens. Ses expériences lui ont donné des outils : le commercial, le yield, la gestion de projet, le management, les standards, la marque, l’international. Mais ce qui relie tout cela, c’est une intention : mettre ces compétences au service de lieux vivants, d’équipes engagées et de clients qui repartent avec quelque chose de plus qu’une prestation réussie.

« Je souhaite continuer à être dans cette notion d’accueil sincère, authentique et qualitatif, dans ce partage aussi bien avec les équipes qu’avec les clients. »

Fabienne LEFEBVRE a construit une carrière faite de maisons à révéler, de projets à ouvrir, de marques à représenter, d’équipes à fédérer. Elle intervient là où il faut remettre du mouvement, de la clarté, du désir et de la cohérence.

Faire grandir les maisons, pour elle, ce n’est pas les transformer de force. C’est comprendre ce qu’elles peuvent devenir, poser les bons cadres, embarquer les bonnes personnes, puis créer les conditions pour que la promesse existe vraiment.

Et peut-être est-ce cela, au fond, son métier : faire exister les lieux avant même de les diriger.

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