Paul*, la trentaine, est, comme 6 millions de Français, un travailleur hybride. « J’ai trois jours de travail en présentiel et deux en télétravail. Enfin, en principe… Il m’arrive assez régulièrement de me rendre au bureau les jours prévus, me montrer autour de la machine à café, passer quelques heures devant mon ordinateur, parcourir différents services pour parler à des collègues… avant de prendre la tangente et rentrer travailler chez moi à l’heure du déjeuner. »
Paul ne le sait pas mais il pratique le « coffee badging » (« badger pour le café »), que l’on peut traduire par un présentéisme intermittent. L’expression, inventée en 2023 par Owl Labs, société qui publie chaque année un état des lieux du travail hybride, consiste à se présenter au bureau juste assez longtemps pour être vu, avant de retourner télétravailler.
Rejet du présentéisme
Cette tendance n’est pas anecdotique : selon Owl Labs, 26 % des salariés la pratiquent (contre 22 % en 2024) et 8 % prévoient d’essayer. Alors même que certaines entreprises en France opèrent un virage à 180 degrés en imposant un retour strict au 100 % présentiel, le « coffee badging », comme une résistance discrète au « retour au tout présentiel » après le Covid, interroge sur les conditions de travail et l’organisation des entreprises à l’ère où tout, ou presque, peut se faire à distance.
Particularité française soulignée par l’étude, « à cause des temps de transport plus longs dans les grandes métropoles, 69 % des Français préfèrent encore rester toute la journée s’ils ont fait l’effort de venir, mais la frustration grandit ». Le « coffee badging » y est plus stratégique et ciblé sur les jours de réunions d’équipe.

